Le burn-out est un terme maintenant connu de tous qu’il soit professionnel ou parental. Beaucoup d’articles et livres traitants de ses manifestations extérieures sont disponibles au grand public.
Ce qui est moins connu, c’est le côté lent, progressif et insidieux du processus de burn-in.

Le burn-out se « construit » sur une période longue, qui peut se compter en mois, voire années et sur un « terrain » propice. Loin d’être un diagnostic établi par un professionnel, la liste non exhaustive ci-dessous met surtout en lumière l’aspect commun des facteurs de risques.

La frontière entre le burn-in et le burn-out est mince est peut se comparer à l’aiguille d’une balance de pesée qui oscille en permanence de la zone « à risque » vers la zone « acceptable » de stress.

J’ai vécu une vraie période de burn-in quand mon aînée (qui étais alors fille unique) est rentrée en maternelle. Et comme dans la plupart des cas, je fus la dernière à réaliser sur quelle pente glissante je me trouvais. J’étais une trentenaire active, jeune maman, en quête de mon moi-idéal, qui rimait dans mon esprit de l‘époque avec entre autres :

  • sur-performance au travail
  • maison parfaitement tenue (en mode catalogue ikea)
  • 30 minutes de jeu stimulants intellectuellement avec ma grande tous les soirs
  • repas équilibrés.

J’avais la check-list complète du fantasme de modèle parental élevé, parfait, inatteignable et donc frustrant par excellence. Il a fallu des tensions au sein de mon couple pour que je réalise, par exemple :

  • que j’étais devenue désagréable avec mon mari, à l’affût du moindre désordre qu’il pouvait créer et exprimant mon mécontentement de façon (très) véhémente. La moindre chaussette hors du bac à linge était vécu comme un manque de respect inacceptable, qui engendrait au mieux une remarque acerbe et au pire un pétage de plomb, suivi d’une tirade…acerbe.
  • que je n’aimais pas jouer avec ma fille tous les soirs et qu’elle développait un bégaiement dû à mes exigences parentales. En effet, même non conscientisées ou verbalisées, ces exigences sont une source de stress pour nos enfants qui perçoivent et intègrent nos injonctions.
  • que je ne m’appliquais pas mes grandes règles diététiques, favorisant les aliments dit de réconfort le soir (parce que je le valais bien).

 

Chaque couple est unique, mais dans mon cas ce qui me permettait de faire redescendre « l’aiguille » était :

  • le partage équilibré des tâches ménagères au sein de notre foyer. Encore trop souvent en France ce partage est inéquitable. Et quand il l’est, certaines normes culturelles font peser un poids sur le couple et les jugements de valeurs pleuvent. Au mieux, l’épouse est perçue comme une fainéante, au pire l’époux est tout simplement vu comme émasculé.
  • la disponibilité de mon mari quand j’étais au bout du rouleau. Mon corps me rappelait à l’ordre sous forme de chute de tension. Sans aucun jugement de sa part, je pouvais décréter un soir que j’étais « out of office », que j’allais passer ma soirée au lit avec un bouquin et ne m’occuper d’absolument rien-du-tout. Ce sont des moments-soupapes précieux pour lesquels je ne le remercierai jamais assez.
  • Une redéfinition de mes priorités. Quel était le plus important : une maison rangée ou un foyer heureux ? Au fil des années, je me suis débarrassée de l’injonction «l’état de la maison dépend de moi seule et une maison mal rangée signifie un échec personnel ». J’avais complètement surinvesti cet aspect de ma vie et il ne me causait que frustrations. C’est de me libérer de cette injonction qui m’a permis de ne plus me sentir agressée personnellement par le désordre ambiant. C’était devenu l’affaire de tous. Résultat, notre maison est, dans l’ensemble, mieux rangée sans avoir à crier sur qui ce soit et si elle ne l’est pas…ce n’est pas un drame.
  • j’ai découvert mon moment privilégié avec mes filles : plutôt que des moments chronométrés de jeux auto-imposés, ce sont plusieurs heures à la bibliothèque où notre amour des livres nous réunit. Là encore , une injonction très forte est passée à la trappe : « Une mère n’est pas dénaturée si elle n’adore pas jouer au Lego TOUS les soirs, après le boulot et n’a pas à culpabiliser pour cela ».

 

Chaque personnalité a ses fragilités, chaque parcours de vie ses embûches. Personne n’est donc à l’abri de connaître une ou plusieurs périodes de burn-in , voire de burn-out.

Un mini-diagnostic récurent est donc vital pour soi, son couple, sa famille :

  • Est-ce que j’ai un « moment-soupape », rien qu’à moi de façon régulière (dîner entre copines, cours particuliers, ballade en forêt, soirée lecture). Le but ultime de ce moment est de le vivre sans culpabilité, ce qui arrive parfois.
  • Est-ce que mes besoins sont aussi importants que ceux de ma famille ? Je suis la spécialiste pour ne pas prendre mes rendez-vous médicaux importants, « faute de temps », alors que ceux de mes filles sont respectés scrupuleusement…
  • Ai-je suffisamment de moments de qualité avec mon partenaire de vie ? Redevenir « l’amoureuse », ne serait-ce quelques heures. Redécouvrir le plaisir simple de marcher en se tenant la main, sans avoir le cerveau en mode « tour de contrôle-surveillance des enfants ».
  • Ai-je beaucoup d’injonctions limitantes ? Viennent-elles de moi ? De ma famille, du groupe sociétal auquel j’appartiens ?

Nous vivons mille vies en une et si nous ne prenons pas ce temps pour nous, personne ne peut le faire à notre place.

Être bien avec soi-même pour pouvoir être bien avec les autres.

Nour

Visuel : Helen ST. sous licence Creative Commons

 

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