L’adolescence, voie d’émancipation ou issue de secours ?

L’adolescence, ce chemin sinueux…

fait d’expérimentations, d’explorations, de détours en tous genres, de questionnements, d’affirmations, de doutes, de chutes ; ce chemin de traverse sur lequel on peut se perdre, en quête de notre identité propre. Comment vivre ce temps de transition ? Il semble immensément long pour de nombreux enfants (et adultes !) ; il sera une voie/voix d’émancipation, nourrie depuis l’enfance ou bien une voie/voix de l’extrême, où l’on cherche, désemparé, parent comme enfant, une issue de secours.

A l’heure où la France s’agite et se réveille, avec son flot de gilets jaunes exaspérés déferlant dans la rue, entrainant sur son passage lycéens de nos quartiers désespérés, casseurs en tous genres, et marcheurs qui rêvent d’un climat plus serein, d’une énergie plus verte, on se demande : comment construire l’avenir ? Quel avenir ? Comment faire vivre l’espoir, l’envie, le pouvoir d’agir auprès des générations à venir ? Comment s’emparer de ce sujet crucial : chaque jeune sujet (oui car l’avenir c’est eux) peut-il devenir acteur d’un monde durable et équitable ? Lui donne-t-on les clés de compréhension de ce monde si complexe ? Lui donne-t-on l’exemple ? Incarnons-nous les valeurs d’Égalité, de Fraternité, de Liberté au quotidien ?

A l’heure où j’écris ces mots, je me dis que la tâche est immense. Mais face au désespoir, seule l’utopie peut porter l’être vers l’agir. Chez EEH, on a une proposition : avant de nous retourner et de nous retrouver à la recherche du temps perdu, on vous propose de partir à la recherche du bien commun Regardons droit devant. Non pas tête baissée, mais en nous assurant de prendre la mesure de nos expériences personnelles et collectives, et d’utiliser les outils appropriés pour faire ensemble et être libre de …devenir. Devenir des sujets émancipés grâce à l’Éducation, appréhendée tout au long de notre vie ; les portes d’entrée sont multiples. Tiens, d’ailleurs, l’adolescence n’est-elle pas par excellence cette période du devenir ?

Chez EEH, nous aimons les ados, profondément.

L’adolescent porte cette vie, faite (aussi) de mouvements incontrôlés, d’émotions difficilement gérables, de tensions, de besoin tantôt d’évacuer le trop plein, tantôt de remplir le vide intérieur. L’ado est un jeune homme ou femme en croissance, qui a besoin d’un terreau stable et solide, fertile. Parfois ce terreau se crispe et gèle, à l’instar des relations familiales. Mais la chaleur d’un lien aimant et un environnement sécurisant, propice, sans pesticides toxiques, suffisent à fournir la nourriture vitale indispensable à sa croissance.

Pour faire société, l’adulte éducateur doit s’inscrire dans le lien. Coupé, cassé, brisé, shooté, privé de cette nourriture, déconnecté de sa nature profonde, difficile pour un ado de s’épanouir. Pour compenser manques, incompréhensions, trop-pleins ou besoins inassouvis, il se réjouit d’un lien fidèle et stable, et se connecte aux écrans devenus les objets précieux d’une société hyper connectée. Préserver un lien non virtuel est un sacré défi, d’autant plus quand on est parent d’ado, n’est-ce-pas ?

Les outils sont multiples, on peut s’en emparer !

Voici quelques pistes pour développer un lien épanoui avec votre progéniture au corps changeant, lequel/laquelle se réfugie certainement, de temps à d’autre ou de plus en plus régulièrement, dans le mutisme et l’immobilisme ou s’esclaffe via de grandes joutes verbales.

  • Faire des activités, ensemble si possible qui vous reconnectent, parent et enfant, à la matière : créer est en effet un moyen extraordinaire pour prendre confiance
  • Partager un moment dédié, n’a pas de prix, même si c’est pour 30mn autour d’un tacos (de Lyon svp 😉), d’une partie de badmington, d’un jeu en réseau, d’une balade en forêt. C’est un moment propice à une écoute active et au faire ensemble
  • Changer de regard: prendre conscience de ses propres peurs, de son stress, de ses attentes et leurs motivations est primordiale pour entretenir une relation saine. Oui, parfois son comportement nous perturbe, nous agace, mais tentons de nous décentrer et de valoriser les moments positifs et les talents de notre enfant.
  • Être à l’écoute, c’est accepter un point de vue différent, où le jugement n’a pas sa place. Écouter plutôt que questionner sans cesse, en adoptant un ton moralisateur ou accusateur (on a tous essayé, cela ne marche pas !). Pratiquer une écoute active, c’est mobiliser notre capacité de présence à l’autre, avec empathie. La confiance s’installe et votre enfant est davantage en mesure de partager ses ressentis, ses émotions. Ainsi décoder les besoins qui se cachent derrière des comportements, des excès de colère (être compris), de la tristesse (être consolé), des peurs (être rassuré) est plus aisé. Quant à la joie, elle a besoin d’être partagée. Chaque difficulté est une opportunité de grandir, même si elle vient bousculer nos codes d’adultes.
  • Trouver des solutions ensemble, côte à côte, c’est plutôt pas mal. Cela permet d’identifier les besoins de chacun et de se recréer le lien dans un contexte de conflit. Place aux temps d’échanges en famille !
  • Mais aussi… se donner du temps et s’autoriser le droit à l’erreur et le dire ouvertement. Nul doute que donner l’exemple est un cadeau pour votre ado.

Sachez-le, on n’a pas de baguette magique, mais une volonté et un désir : que chaque éducateur se sentent capable de redresser la barre (oui car tout le monde s’égare, de temps à autre) pour être juste, équitable, ancré dans un projet éducatif pérenne pour nos jeunes, tous les jeunes sans exception. Oui ils vont (certainement, peut-être ?) prendre la tangente. Pas grave, laissons-les expérimenter et acceptons qu’ils soient de tant en autre premiers de cordée pour ouvrir la voie.

Notre job, à nous éducateurs, c’est de nous assurer que l’environnement est sécurisant, contenant et riches de potentiels et regards pluriels.

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